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PIONNIERS ET PRECURSEURS > LOIE FULLER
   



LOIE FULLER
(1862-1928), danseuse américaine

par Marc Boucher


Loïe Fuller fut la première grande vedette internationale de la danse solo ainsi que le premier artiste à utiliser l’éclairage électrique à des fins purement esthétiques. Son art consistait essentiellement à créer des jeux de lumière en mouvement en faisant danser de grands voiles de soie autour d’elle. Les Symbolistes furent immédiatement conquis par cette nouvelle forme d’art qui se prêtait facilement aux métaphores naturelles : papillons, serpents, fleurs ou flammes. Les Futuristes étaient séduits par cet art cinétique et lumineux. Tous étaient captivés par la synthèse de la musique, des couleurs et du mouvement. L’art de Loïe Fuller est emblématique du courant Art nouveau, il est aussi contemporain de la naissance du cinéma, autre forme d’art technologique de la lumière et du mouvement. Le premier film colorié de l’histoire du cinéma, Annabelle Serpentine Dance, produit par Edison en 1896, montre les évolutions de l’une des nombreuses imitatrices de " La Loïe Fuller ".

Fuller fut une pionnière de l’art technologique et de la transdisciplinarité ; son intérêt pour la science la mena à intégrer à ses scénographies des techniques scientifiques : optique, chimie et électricité. Cet art hybride est demeuré inclassable, à la convergence des arts de la scène et des sciences physiques. Fuller s’impliquait activement dans tous les domaines que son art appelait : chorégraphie, éclairage, costume, accessoire, mise en scène. Elle inventa des costumes et dispositifs scénographiques afin de créer des effets lumineux inédits, notamment au moyen de jeux de miroirs et de planchers de verre.

Le nom de Loïe Fuller s’est le plus souvent retrouvé, après son décès, en note de bas de page d’ouvrages portant sur l’histoire de l’affiche ou sur les arts décoratifs. Elle a en effet inspiré de nombreux artistes dont Jules Chéret, Manuel Orazi, Jean de Paléogu (PAL) et Henri de Toulouse-Lautrec. Outre ces maîtres de l’affiche couleur, Loïe Fuller aura inspiré des sculpteurs dont Louis Chalon, Jean Garnier, François-Raoul Larche, Gotfried Larsson, Henri-Louis Levasseur, Marius Mars-Vallet et Pierre Roche. Paradoxalement, bien que la Danse serpentine soit l’un des thèmes préférés du cinéma à ses origines, aucun film montrant Loïe Fuller en mouvement ne nous est parvenu. Par contre, ce sont d’abord dans les photographies de Fuller que le flou de l’image exprime éloquemment le mouvement. Jusqu’alors, les danseuses et les danseurs prenaient une pose statique devant la caméra, comme c’est d’ailleurs encore souvent le cas. Cette nouvelle esthétique photographique correspond, entre autres, à la photodynamique des futuristes, comme on peut le voir chez Giulio et Barragia. Fuller a été associée à un grand nombre de courants artistiques mais principalement au Japonisme, à l’Art nouveau et au Symbolisme. Sa biographie constitue un véritable who’s who de la scène artistique et scientifique de son époque.

L’approche de Loïe Fuller était éminemment pragmatique, elle cherchait d’abord à créer des effets lumino-cinétiques, suivant les moyens technologiquement disponibles. Elle a éliminé les feux de la rampe et les coulisses, transformant la scène en une véritable boîte noire. Il s’agit là d’un nouveau paradigme de la représentation, auquel les spectateurs se sont rapidement adaptés. Avant Fuller, tendre la scène de noir était tabou. Il faut aussi souligner que son apport à la danse est tout aussi important que son apport à la scénographie. Si on l’a longtemps exclue de l’histoire de la danse, jugeant son art indigne de l’épithète chorégraphie, on voit davantage en elle aujourd’hui non pas tant une pionnière de la danse moderne qu’un précurseur de la danse postmoderne. Comme le souligne Sally Banes dans Terpsichore in Sneakers (1980), contrairement aux danseurs modernes, Fuller ne cherchait pas à exprimer les émotions ou la personnalité de l’interprète, elle ne recherchait pas la virtuosité, ni même ne privilégiait la beauté physique de la danseuse. Elle travaillait souvent avec des interprètes sans formation en danse et cherchait à mettre en valeur les traits particuliers de chacune d’elles, plutôt que de les fondre toutes dans un même moule. Selon Banes, ses danses, rarement narratives, étaient d’abord " la création physique d’une présence objective ".

Loïe Fuller a été comédienne, chanteuse, danseuse, imprésario, agent, publiciste, chercheur, inventeur, peintre, cinéaste, collectionneur et même spéculateur. Sa démarche, transdisciplinaire a sans doute rebuté ceux qui voudraient classer les artistes et juger de leurs mérites suivant les critères d’un domaine disciplinaire bien défini. Loïe Fuller a sans doute dérangé à d’autres égards, notamment à cause de son homosexualité qu’elle ne cachait pas. Par ailleurs, si on l’a rapidement oubliée, c’est peut-être parce que l’éclairage électrique devenait omniprésent, perdait son caractère magique, pour se confondre avec la banalité du quotidien. Des quelques soixante danses, des innombrables tournées, il ne reste rien, si ce n’est que les traces des impressions créées, que révèlent les œuvres littéraires et plastiques qui nous sont parvenues, disséminées sur deux continents, et qui continuent d’inspirer les artistes.


© Marc Boucher & Leonardo/Olats, juin 2002


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